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REGISTRES D
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salle, pourle desir que chascun avoit d'escoutler telle mélodie et veoir telle triumphe.
Après, marchoient douze belles licornes, sur les­quelles estoient montez jeunes Princes tant riche­ment vestuz et acoustrez, qu'il sembloit que le drap d'or et d'argent ne coustassent riens.
Après, venoient deux autres belles hacquenées blanches, qui trainoient ung autre beau chariot triumphant faict à l'antique, sur lequel estoient les neuf Muses avec plusieurs belles Alles veslues, l'une de satin vert, l'autre de velours blanc, l'autre de cramoisy, l'autre de pers, les autres drap d'or et d'argent : lesquelles ensemble faisoient ung tel bruit et resonnance doulce de leurs armonieuses chan­sonnettes que, en voyant ce spectacle, se faisoient par les assistans telle silence qu'on avoit loisir de voir et escouter ceulx ou celles qui avoient la meilleur gorge.
Après, marchoient encore plusieurs autres beaulx chevaulx comme les premiers.
Et dura lesd, triumphes et mommeryes plus de deux heures à passer; mais pour la grande beaulté qu'on trouvoit à voir lesd, triumphes passer, on trouvoit le temps bien court.
Ce faict, lesd. Princesses recommencèrent à dancer, et dura lad. dance ou bail environ demye heure.
Après laquelle cessée, sortit des Requestes de l'Hostel six belles navires, ayans mas et Voille d'ar­gent qui estoient soufflées par vens faictz indus-trieusement, de sorte que on les faisoit tourner où l'on voulloit. Dedans lesquelles y avoit à chascun ung Prince vestu de drap d'or et masqué, assiz dedans une chaize estant au meilleu de chascune navire. Auprès de luy y avoit une autre belle chaize vuide et préparée. Toutes lesd, navires alloient par compas dedans lad. salle du Palais, comme s'ilz eussent esté sur la mer; et passèrent par devant la Table de Marbre où estoient les Dames; et en pas­sant, chascun Prince estant dedans lesd, navires prindrent l'ung la Royne, l'autre l'Espousée, l'autre la Royne de Navarre, l'autre Madame Elizabel'1),
dames filles du Roy, et autres Duchesses et Prin­cesses, qu'il faisoit si bon voir, tant pour leur beaullé extérieure, grace, maintien et richesses d'acoustre-mens d'or et de soye, que c'estoit chose admirable à veoir.
Après lad. dance finyc, sortirent de la Chambre du Plaidoyé, appellée la Chambre Dorée, des tri— umphes plus grandes que celles de Cesar, comme ung chascun qui estoit present a peu voir.
Premierement, marchoient les sept Planettes ves-lues selon l'habit que les poètes leur ont baillé, as­savoir:
Mercure hérault et truchement des dieux, ayant deux aelles, vestu de satin blanc, ceint d'une cein­ture d'or, ayant son codicée (sic) ou verge en la main ;
Mars vestu en armes;
Venus en déesse ;
et ainsi des autres Planettes.
Et marchoient à pied, chantans mélodieusement et musicallementje long de la salle du Palais, chan­sons composées à propos, de telle sorte que c'estoit chose qui donnoit à l'ouye exteriore (sic) ung plai­sir et délectation autant grant qu'on le sauroit descripre.*
Après, marchoient vingt cinq beaulx chevaulx triumphans, caparassonnez de drap d'or et d'argent; sur lesquelz y avoit ung jeune Prince vestu de drap d'or, qui estoit conduit par ung laquetz, par ce que lesd, chevaulx estoient faictz d'ozier couvert et acous-trez de telle sorte qu'ilz sembloient plus beaulx que le naturel.
Après, marchoient deux belles hacquenées blan­ches, menées par ung gentilhomme, qui traynoient avec cordes de drap d'argent ung chart triumphant faict à l'antique, sur lequel estoient personnages habillez richement de diverses coulleurs. Et les deux de devant tenoient chascun ung lutz, ceulx du meilleu dud. chariot avoient des harpes, ct ceulx de derriere des cistres; et en allant parmy lad. salle, jouoient de ces instrumens de musique avec le chant de la gorge, qui tellement resonnoit et contentoit la veue et l'ouye des assistans que tout bruit cessa en lad.
sœur de François I". Elle avait épousé en 1548 Antoine de Bourbon, duc de Vendôme-, elle succéda à son père sur le trône de Navarre en 1555.
"' «Madame Elizabel» : Elisabeth de France, première fille de Henri II et de Catherine de Médicis, fut d'abord fiancée à Edouard IV d'Angleterre, puis à don Carlos, fils de Philippe II; mais le traité de Câteau-Cambrésis (i55g) lui donna pour époux ce même Philippe, alors veuf de Marie Tudor. Née en i545 à Fontainebleau, Elisabeth ou Isabelle mourut à Madrid en 1568. — Par une autre clause de ce traité de paix, la tante d'Elisabeth, Marguerite de France, sœur du Roi, fut donnée en mariage au prin­cipal lieutenant de Philippe, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie, sur lequel voyez ci-dessus page 4g3, note 3. Les solennités de cette